Instrumentalité, écriture, technologie numérique et processus de création musicale : vers un processus post-scriptique de la création musicale

Claude Cadoz
ACROE et Laboratoire ICA
Institut Polytechnique de Grenoble
Ministère de la Culture et de la Communication

1. Introduction

Le rapprochement des termes "instrumentalité" et "écriture" a ici pour fonction de placer en vis-à-vis deux manières d'envisager le processus de création musicale.

L'écriture - il faut préciser "l'écriture musicale" - apparaît communément comme la voie universelle pour créer la musique. C'est d'ailleurs celle qui fait référence académique ; on considère encore souvent dans les Conservatoires, qu'apprendre à créer la musique est apprendre à composer et qu'apprendre à composer est tout d'abord apprendre "l'écriture". La notation musicale, qui en est le support, est en général, même par beaucoup qui n'ont pas appris à la pratiquer, vue comme naturelle, comme si la musique était en soi et comme s'il n'existait qu'une manière de la noter.

Or plusieurs considérations invitent évidemment à plus de relativité. Il faut se rappeler que la notation musicale telle que nous la connaissons aujourd'hui en Occident, est née plus de 4000 ans après l'écriture tout court. Puis il faut aussi noter une singularité : la notation musicale n'est pas née de la pratique instrumentale mais de nécessités liées au chant, à la transmission de la musique vocale en particulier avec les Neumes, entre le IXème et le XIème siècles. La musique vocale fait bien évidemment partie de la musique, mais la notation musicale n'a intégré l'instrumental qu'en cours de route. On peut s'interroger sur l'incidence de cette origine alors que les conditions de la pratique musicale recourant à des outils - ces organes matériels que sont les instruments de musique - sont si différentes de celles de l'exercice vocal.

Il faut aussi s'interroger sur les termes eux-mêmes : l'écriture musicale est-elle seulement un cas particulier de l'écriture ? Existe - t'il une notion d’Écriture qui soit générale, dont l'écriture langagière, par exemple, serait elle aussi un cas particulier ; et encore ne conviendrait-il pas de s'interroger sur sa portée, son universalité ?

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